Poésie et littérature


"Un grand amour, cette chose inexprimable, empoisonnée de banalité, commençait probablement avec le désir d'en vivre un. Et ce désir, il l'avait toujours éprouvé"

Cees Nooteboom, Mokusei!  (1982)


Avant propos

Au cours des années, nous avons écrit un certain nombre de textes, nouvelles ou poèmes, suivant les évènements du moment. Plusieurs d'entre eux sont publiés dans Passions égotiques  (Édilivre, 04/2021, ISBN 9782414527007), d'autres vous sont offerts ici sans prétention aucune si ce n'est de complèter le corpus de textes écrits par nos soins, sachant qu'un plus grand nombre encore a été détruit au fur et à mesure du temps qui passe en d'autant de micro-autodafés solitaires. Au final, l'important est avant tout d'écrire et de dire ce que l'on a à dire, et si une lectrice ou un lecteur s'aventure par ici et y trouve un intérêt, alors tant mieux.

REMARQUE: pour toutes reproductions partielles ou complètes de ces textes, il est impératif de nous contacter ou les éditeurs, afin d'obtenir les autorisations nécessaires.

Notez que cette page se nomme "poésie" dans son onglet, mais recoupe toutes formes de littérature de fiction.

Quoiqu'il en soit, bonne lecture!

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À table  (2021)


À table!


Le mirliton marmiton s’ingéniait à dérègler les notifications évidentes du serra à tête de loup qui gisait médisant dans le creux tolérant d’un logiciel informatique protéiforme. L’atmosphère des sentiments s’ingéra brusquement face à l’érotétique de l’obsolescente pensée en langue wu, houroufisme ancestrale des repas pris en commun, car, à l’évidence, la chafouinerie cidricole ne collait pas avec l’isodensité de l’aquatique vertébré aux nageoires atrophiées. Surgit alors le lutéotrope placentaire du contre-amiral en chef qui s’empressa de donner un coup d’arrêt au schéma corporel de l’apprenti individué. L’indésirable pseudo-arbuste de reality show  réversible sur un rocher favorable dindonna un membre en prêtant le flanc bimétal au regard virulent chargé de kiloampères du bourreau légendaire. L’ecstasy sustentatrice, coagulateur antirefoulant, inondait son cerveau tel le védutisme renaissant des Lexoviens descendants du Calvados enivrés au grand froid des jours de neige. Il s’agissait ni plus ni moins de donner l’essor à l’élite désaveugler dès l’instant que s’irisait la libéral libration lunaire du fricasseur assujetti au crachin salivaire. Tout s’ordonnait finalement en illusions lorsque l’on tannait le cuir aux sujets atrophiques. La toque haute de sa Seigneurie des mets mit en exergue la facile relation des libations liant amitié avec l’échoppe rabelaisienne enfiellée de malignité. Un conciliarisme singulier penserez-vous, mais que nenni. Le bridge ainsi posé entre les dents rouspéteuses de sueurs laissait saillir des vents tempétueux aux relents de succubes impudiques. Nul besoin de se faire du mouron. Il suffisait de contremander l’élixir et d’en pourvoir l’apatride dénoncé auprès des kobolds de la chaire de Mathusalem l’emphatique. La barbarie barrable du tout puissant berbère d’un en-dedans empressé de binoter son lopain de galère, ne souhaitait qu’une chose, qu’on pût, loin des strophes scandaleuses barbouillées de chrysanthèmes imprudentes, crier tout bonnement « À table ! Grand Dieu ! On a faim ! ». Aussi, noyé dans un posson de boisson éthylique, le poisson se vit convenablement recouvert du taled circonstancié en prière brissotine. L’achée inutile serait rendue à la convivialité condescendante d’une surface courbe pour l’exemple, mais pour l’heure place au pain d’épices du pâté en croûte pré-pubère à sphincter longitudinal. La turgescence manifeste et sanguine de la saucisse en autograissage salace, suintait la purulente méthylmorphine oxaloacétique indispensable à la jouissance programmatique de la barbitomanie ecclésiale et faussement studieuse. Le caciquat autostabilisé d’un biblisme brahmanique avait pour but de stimuler la bradycardie bilabiale d’une fausse boudinade autocorrective. La myticultrice en était garante. N’avait-elle pas califourchonné la flatulence du cochon pendu qui servit de bouillu colosse à la transcendance andouille de la longeole des terres montesquiviennesaux abords d'un lac étrangé d'helvétiques turpitudes? L’œil du poète au bouquet-tout-fait et l’asperula serviraient dans la finitude dispositionnelle du regard connoisseur. Un tableau exquis déposé en angle droit multisectoriel aux ultras-violets invisibles d’optimisation fiscale s’offrirait aux luxures gâteuses de barbes grises et chevaux blancs tout droit vêtus de linceuls léthéens. L’albugineuse serveuse soumise au sapientiaux dictat orgasmique sud-provençal atteindrait ainsi le statut d’épopte d’Éleusis et pourrait cacher sa rétrognathie lanzmannienne qui la rendait demi-muette. Le vidoir dépréciatif de l’archiconfrérie satanique émettrait son embargo fantomatique, nappant la tempétueuse rémoulade écuellée dans les marmites aux asperges turlutées. Les hétéroclites misanthropes givreraient le chocolat folâtrant sur la nappe indument candide, alors que la bénévole chaussure s’échinerait à résumer la jouissance amère de la bière gouleyante infléchissant le moi athée resurchauffer par le chien-chien à demi-sauvage empli d’aphasie farouche. Telle une bâche fléchée multiséculaire et cohérente, la toile tendue de virginité crasse supporterait le broutage scintillant des baumes digitaux aussi graisseux que la demi-laine bégayeuse des pucelles en fleur qui parsemaient la région? C’est alors que le récidivisme continuel des sèche-mains rythmerait la mélopée tintinnabulée des glouglous débordants par-delà le goulot engoncé des verges évidées et ouvertes aux plaisirs de la bouche glissante, gouleyante telle une cavalcade incernable dans l’antre de Maldoror. Les repentants se déballonneraient, reculant devant le rivage de Samarkand aux testicules proéminentes et circonspectes. Le gage maghrébin s’amplifierait alors que la foule clairvoyante d’automates s’épuiserait en réponses fluette, épine dorsale de la gravure à vidange rotative. Les rouffles coordonnées des ventres trolliques dévaloriseraient l’hélépole par hasard comme une relique môme nantie qui pendouillait à l’ancienne. Les sadique-anales, quant à eux, envisageraient l’avenir sous les plus beaux hospices anti-impérialistes aux saveurs d’épices régionales, suaves et dépravantes. Rien ne pouvait gâcher le macadamisage de la voie lactée aux pépites de chocolat si attendues par les prélats hyménoptéroïdes. La natte à Kreutzer siphonnait, sans fausse note, les rinceaux sarcomycètes dans l’espoir de temporiser les prémisses recto-urétraux annonciateurs de césure existentielle majeure et intempestive. Aussi, alors que le droguiste savant vermiculait la chloroquine saphique au maxiton énergisant sans dessein apparent autre qu’une pseudesthésie sosotte, le tenon-guide rabbinique s’insurgeait contre tant de déloyauté rexiste et intolérable selon lui. « Le cochon était banni par Toutatis! Qu’on l’accepte et qu’on l’enferme! » Mais les volontaristes extra-islamiques, applicateur d’un dasein  à mi-cuisse, qualifiaient ces propos de ginguelet sans saveur. Leurs varaignes grandes ouvertes, suivant la pensée cortico-thalamique de preux Gargantua le Noble, dans les esprits, seigneurs des lieux d’ici et d’Outre-tombe, entreprennaient le recarrelage de leur vide grenier culinaire sans-façon ni prétention. Les friteries transrationnelles n’avaient qu’à tourner suivant l’extrême-onction lunaire de ses étanchéistes socialiste-nationaux ou parcimonieux pour autant que Lucie ferre un poisson pour appâter les reliques du Saint-Nectaire bourrassées par le prévôt des toiles du Nord, à la caractéropathie libidineuse et mal-pensante. Tout au final devait conclure au préfinancement de l’Eucharistie singulière, sorte d’olacacée gluconique de la contre-église pagayeuse sino-moldave. Allez comprendre! Les zyzomys n’y comprenaient que pouic, mais s’en concassait le moucharabié nickeleur à la sonorité de zurna audio-uricémiant. Tout était à la bonne humeur de la contentable tomateuse rougeur du palefrenier rats-de-cave, qui chantait le mésusage de la langue natale mesmériste aux misogynes laquais servant Dieu. Ces briffeurs gazeux, dans un ultime effort de surcroissance extinctrice, visaient la dérèglementation lave-glace afin de simplifier la déculturation artériopathique, tout autant que la démence diachronique, qui touchaient l’ensemble de la société puritaine des Mont-de-Marsan qui leur faisait de l’ombre par leurs carpophores visibles à des lieues à la ronde. L’emblavure locale remaquillait la vue à la ronde de nuit sous l’effet salvateur des boisson-totems au relent dodonéen. Ainsi prenait fin la topologie anti-gomorrhéenne des crânes dégarnis par tonsure volontaire en une nuit épique et salutaire.

Christophe Chazalon
Ponta do Sol (28/02/2021)

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Le bonheur est dans le pré...  (2021)


​Le bonheur est dans le pré...

 
Je voudrais tout raconter d'une traite, malgré le chagrin qui m'accable.
Mais à quoi bon pleurer, à quoi bon se souvenir de l’horreur, de l’injustice, de la faiblesse de l’humain? À quoi bon dire tout et ne taire rien? À quoi bon continuer à penser à ce qui s’est passé, à ce qui est survenu? Pourtant cela a bien été. À quoi bon? La douleur est là, seule persistance infinie en ce monde de mortels.
 
Émilien était un homme simple, qui menait une vie simple et n’en attendait pas plus. Il avait rencontré une femme à son image et filait le parfait bonheur. Celui-ci fut décuplé lorsqu’il eut un garçon qu’il décida d’appeler Félicité, car le bonheur était tout, la santé en plus.
Jusqu’à l’âge de 15 ans, Félicité avait grandi comme tous les enfants grandissent et rien de plus. Des grippes, des angines, des fièvres, la rougeole aussi. Petit, il était tombé d’une chaise et s’était cassé la cheville. Mais au final rien de grave pour le plus grand bonheur de tous.
Au fil du temps, Félicité était devenu un adolescent comme tous les adolescents, prêt à revendiquer sa liberté, mais pas encore prêt à prendre son essor.
Or, depuis peu, les journaux commençaient à relayer la nouvelle, toujours plus alarmistes, toujours plus grandiloquents, toujours plus sans intérêt. Une maladie nouvelle tuait, mais elle avait la particularité de ne tuer que les vieux. C’était grave, mais au final pas si important. Les vieux avaient vécu. L’important était les jeunes, la jeunesse pleine de vie et d’espoir.
Aussi, l’inquiétude grandit lorsqu’un jour, le gouvernement décida de confiner tout le monde. Les jeunes n’étaient pas inquiétés, mais ne pouvaient plus aller à l’école ni se rencontrer. Il existait bien les réseaux sociaux dont ils étaient si friands. Mais maintenant, cependant, il fallait rester chez soi, tout seul, confronté à soi-même, dans un espace clos de quelques mètres carrés. Et la maladie qui se propageait. Et puis un autre jour, les journalistes relayèrent que plusieurs adolescents venaient de mourir de cette maladie cruelle. Eh oui! Les vieux n’étaient plus seuls et pour la première fois Émilien prit peur, non pour lui, il avait vécu et avait agi pour garantir l’avenir de sa famille, mais pour son fils, son fils unique qu’il aimait tant et qui le lui rendait bien. Alors, lorsque Félicité voulut braver le couvre-feu et rejoindre ses copains, Émilien ne put se résigner à accepter, à le laisser aller. Il dit « NON! »
Plus les jours passaient, plus les journaux parlaient des morts et de la virulence de la maladie sur la population. Et puis d’autres jeunes étaient morts et Émilien ne voulait pas que son fils meurt. Aussi, Félicité, en parfait reclus, vivait à la maison, seul dans sa chambre la plupart du temps, sans contact extérieur, si ce n'est son smartphone.
En restant ainsi, pas de soucis, Félicité ne risquait rien. Il serait à l’abri, protégé du mal. Émilien en était persuadé. Que pouvait-il arriver à la maison? Sans voir personne d’autre, comment Félicité pourrait-il tomber malade? Mais le fait était que Félicité ne mangeait plus ou presque, devenait très faible, s’épuisait. Et Émilien ne savait que faire. Fallait-il le laisser sortir en ces temps de crise? Fallait-il le laisser retrouver ses copains? Impensable. Non, impossible! La santé avant tout. Et Félicité restait de plus en plus au lit, dans sa chambre. Si bien qu’un matin, alors qu’Émilien ouvrit la porte pour réveiller son fils, celui-ci n’était plus. Ce n’était pas la maladie qui l’avait terrassé, mais bien la société. Félicité, privé de ses copains, n’avait pas réussi à patienter et, dans sa solitude imposée, avait décidé que la vie était autre. Allongé sur son lit, inerte, le bras droit ballant, une flaque de sang envahissait le parquet en une tâche brunâtre.
Émilien comprit, mais un peu tard, qu’il était bon de résister au mal, mais il ne fallait pas oublier que le plus important, outre la santé, restait de vouloir vivre.

Christophe Chazalon
Ponta do Sol (13/02/2021)

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Une femme est une femme  (2021)


​Une femme est une femme

 
Et ce fut tout.

Son être se dédoubla en un instant, entre l’emprise de ses sens à l’extérieur et les pensées profondes à l’intérieur de son esprit, dichotomie universelle du moi en temps de crise. Que faisait-il à l’instant? Cela avait-il la moindre importance. L’humain était un automate performé depuis des millénaires et son mode automatique à lui opérait à merveille, comme celui de tout lâche qui se respecte. En vérité, seule comptait l’analyse introspective de la situation, de ces quelques minutes qui venaient à l’instant de s’écouler. Il avait agi, il avait osé agir après tant d’années, tant de mois, ampli par la peur, la honte et l’envie irrémédiable, de ce désir de posséder, de partager, de donner qui vous brûlait les entrailles et vous pourrissait le cœur: l’amour. Et maintenant? Que fallait-il faire? Tout était allé si vite. Nulle caméra n’avait filmé la scène ni ne permettait de revenir en arrière pour apporter la certitude de ce qui avait été. Seule sa mémoire pouvait servir. Avait-elle tout bien retenu? Avait-elle tout enregistré de ce réel devenu imaginaire? Allait-il pouvoir se souvenir et savoir la vérité de ces faits et gestes en proie à l’oubli?
Il avait été là, face à elle, ivre d’alcool, plein de cette énergie salutaire qui transforme les pleutres en héros d’une nuit. Plus sûr de lui que le plus grand des dieux, il se sentait sans limite, rasséréné par la chaleur grisante qu’il l’envahissait, la désinhibition éthylique salvatrice, la liberté nouvelle d’expression sans contrainte ni punition. Il ne s’agissait pas de faire la fête, de se divertir entre amis, de divaguer dans les méandres du vide de la jeunesse à la veille du grand saut dans la platitude de la vie d’adulte, comme il avait coutume de le faire. Non! Il s’agissait d’être vrai, pur et direct, d’exprimer pour une fois ce que tant de fois il avait dû retenir, faute de courage. Dire le vrai, rien que le vrai, sans se soucier du qu’en dira-t-on, des rigolades et des moqueries bienveillantes ou non, de la mesquinerie usuelle des rapports amoureux hérités de l’enfance.
Alors, il la regardait, les yeux dans les yeux, sans peur ni aucune hésitation. Il se sentait libre, enfin, et tout à trac, il vida son sac. Tout ce qu’il avait toujours voulu dire sans pouvoir y parvenir, tous les mots sortaient en un flux continu, juste interrompu par une gestuelle d’excuses visant à adoucir l’impact de son propos, enfin le croyait-il, le tout en un ballet millimétré créé à l’instant. Elle suivait ses mouvements, l’écoutait, le regardait sans broncher. Elle comprenait bien que c’était important pour lui, que c’était son moment. Elle souriait, ne le retenait pas, ne l’empêchait pas, ne l’arrêtait pas. Patiemment, elle attendait, son cœur touché par tant d’innocence qui s’offrait à elle, rien qu’à elle. Elle en était ébranlée. Elle se doutait depuis longtemps de ce qu’il avait à dire. Et là, à l’instant, il parlait, parlait, parlait sans fin alors que sa poitrine à elle se serait toujours plus de cette seule douleur dans la vie qui ne fait pas mal. Une douce chaleur l’envahissait. Son esprit devenait léger, cotonneux, lointain. Elle avait attendu ces mots, elle les avait espérés en secret, mais dans son imaginaire cela aurait dû être un autre, du moins pas de lui, enfin ce n’était pas la question. Les mots l’emportaient, ils étaient là, maintenant, pour elle, rien que pour elle. Aussi les acceptait-elle et se laissait-elle bercer par la suave mélopée de conte de fée, tout droit tirée de la collection Arlequin. Mais malgré tous ces efforts qui se dévoilaient devant elle, qui transpiraient la sincérité, qui ouvraient le monde des possibles de la vie à deux tant espérée, elle avait simplement fini par lui répondre, bien que ivre de ces mots doux proférés: « On est ami, tu sais. C’est mieux ainsi, tu ne crois pas? ». On est ami. Et ce fut tout.
Ce n’est que le lendemain que les séquelles de cette réponse amicale furent pleinement sensibles. Il se sentait broyé, ridicule, écœuré, sans savoir trop précisément pourquoi. Était-ce la honte de l’échec, le prix du rejet, l’épuisement de l’action ou plus simplement les effets secondaires de l’alcool non encore distillé, trop abondant dans ses veines? Il ne saurait dire et s’en fichait. « On est ami ». Qu’était-ce à tout prendre? Certainement pas le point sur le « i » du verbe « aimer ». Rahhhh! Et merde à la vie, pensa-t-il!
Les jours passèrent, semblables à eux-mêmes, plein de promesses non tenues et d’attentes inutiles. L’ignorait-elle? L’évitait-elle? Le fuyait-elle? Non. Ils continuaient de se voir, de se parler, d’échanger comme à l’habitude, presque comme si rien ne s’était passé.
Alors que lui, patiemment, soignait sa plaie, acceptait la mise à mort de son amour pour elle, elle se sentait bizarre, différente, comme déprimée sans savoir exactement pourquoi. L’énergie si abondante auparavant s’épuisait en elle si vite maintenant. Fixer sa pensée sur quelque chose devenait difficile; se concentrer sur son travail, impossible; agir avec prestance et efficacité, compliqué. D’habitude sa compagnie lui était agréable, elle appréciait discuter, batailler, rigoler avec lui. Il était toujours là quand il fallait tout autant que quand il ne fallait pas. Bien qu’ils se rencontraient deux ou trois fois par jour, ils passaient leur temps à s’appeler, pour un rien, à échanger des textos sans but précis que celui de rester connecté. En fait, il était partie intégrante de sa vie et elle n’y prêtait pas plus attention parce qu’il était là, tout bonnement. Or, depuis le soir de la confession et son désir tout puissant de ne rien changer à leur relation (ce pourquoi elle lui avait répondu avec toute la sincérité qu’elle pensait être légitime au vu de la situation : « on reste ami »), elle était confuse, elle ne savait plus. Les doutes d’abord lointains, s’insinuaient subrepticement dans les failles de son esprit et y pullulaient tel un virus destructeur. Avait-elle bien fait? Avait-elle bien répondu? Était-il sincère, lui, ou avait-il trop bu? Elle ne savait plus. La mémoire ne perdait-elle pas en fiabilité alors que le temps fuyait vers l’avenir?
Ils continuaient à échanger, à discuter, à batailler, mais quelque chose n’était plus, avait disparu, s’était éteint sans trop qu’il ne sache dire quoi. Il était devenu morose, plus distant, plus lointain. Elle s’en rendait compte et cela la touchait. Elle ne voulait pas qu’il change, qu’il s’éloigne d’elle, qu’il se détache d’elle. « On est ami ». Elle voulait juste que tout reste comme avant. Cette relation qu’elle chérissait tant lui échappait, graduellement, petit à petit, alors que les jours passaient. Dans sa poitrine, une force invincible faisait pression. Un point au cœur, tout à la fois chaud et épuisant lui imposait sa loi. Qu’était-ce à dire? Avait-elle bien fait? Avait-elle eu raison de répondre « on reste ami » pour conserver ce qu’elle avait de plus précieux dans sa vie d’alors? Aurait-elle dû répondre autrement, autre chose? Trop confiante en cette amitié, n’avait-elle pas agit trop vite, parlé trop vite, oublié de réfléchir trop vite? Toutes ces questions, tous ces doutes, l’enfermaient dans la spirale du remord qui croissait à mesure que les jours s’égrenaient et que lui s’éloignait toujours plus. Elle en avait même pleuré. Ses appels, toujours aussi fréquents, devenaient plus brefs. Le temps qu’il lui accordait diminuait. Il trouvait souvent une excuse pour s’éclipser. C’était sa manière à lui de guérir, de poursuivre sa route seul. Il se moquait de rester ami avec elle. Lui, il l’a voulait tout entière, rien qu’à lui, toute à lui. Peut-être la voulait-il encore, mais n’avait-elle pas répondu « on reste ami ». Elle ne l’aimait pas. Point.
Tout n’était pas si simple. Dans les faits, elle s’était protégée en jouant sur l’amitié. Elle n’avait pas voulu prendre le risque d’essayer, d’aller plus loin. Non pas parce qu’elle ne le voulait pas, mais parce qu’elle avait eu peur, sans même s’en rendre compte. Répondre « on reste ami » avait été sa lâcheté à elle. Le confort d’une relation maîtrisée au détriment d’une prise de risque: essayer une vie à deux plus approfondie, plus riche, plus intense, mais qui pouvait aboutir si facilement au néant. Est si cela ne marchait pas? Elle perdrait tout. « On reste ami » c’était du stable, du concret, du connu. « On reste ami », le sexe en moins, c’était comme l’Amour, confort et réconfort réuni, sans aucun risque. Lui dire « ok », l’embrasser, tenter l’aventure, elle ne voulait pas, cela impliquait trop de choses, des choses qu’elle ne maîtriserait pas, qui lui faisaient peur. Elle n’était pas prête. Elle préférait les rêver, ces choses, les rêver dans les bras d'un autre, plus maléable, plus parfait, plus sécurisant. Mais n’aurait-elle pas dû écouter ses sentiments profonds. Chaque fois qu’il était là, elle se sentait bien. Chaque fois qu’il était absent, elle espérait son retour. Chaque fois qu’elle avait un problème, il était celui à qui elle voulait parler. Était-ce le sexe alors? Un problème de sexe? Elle n’était pas très penchée sur la question. Pas adepte du master and servant, elle ne se masturbait pas non plus ou si peu. Le sexe était lointain, secondaire, ce n’était pas quelque chose d’indispensable pour elle. Elle pouvait s’en passer, car elle n’y trouvait pas son compte. Elle avait bien l’idée d’un prince charmant et encore, c’était une idée, une image idéale. Aussi préférait-elle se réfugier dans l’amitié. Cela lui suffisait. Maintenant qu’il s’éloignait, elle s’en apercevait. Oui, maintenant, elle commençait à comprendre. Il lui manquait. Il ne la regardait plus comme avant. Ses yeux étaient lointains. Lui était bien encore quelques fois avec elle, mais les choses étaient différentes. Ah! Ce qu’elle aimerait revenir quelques jours en arrière, le retrouver comme avant l’aveu si cruel. Si seulement, elle pouvait revenir en arrière. Si seulement, il pouvait lui reposer la question. Elle ne répondrait plus « on reste ami ». Elle répondrait ce qu’il fallait, oui, pour sûr, mais maintenant… mais maintenant, il était trop tard. Lui ne voulait plus.
La vie était mal faite.

Christophe Chazalon
Ponta do Sol (13/02/2021)

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Des maux pour le dire (2018)


Des maux pour le dire
L’Absence du langage


Frappe frappe frappe
Encore
Un coup un autre un autre
Un autre puis un autre
Ils pleuvent sur la vie
Au rythme du sang qui bat
 
Frappe frappe frappe
Encore
Souffrance, douleur
Les cris surgissent
Le silence et la peur
Tu le sais rien n’est infini ici bas
 
Frappe frappe frappe
Encore
Perdu égaré
Le rouge envahit la peau
Assombrit dans la solitude du temps
Rien ne te guéri











Frappe frappe frappe
Encore
Ton impuissance surpuissante
N’est que laideur et vide
Simulacre d’une vie
 
Femme
L’homme qui te frappe ne t’aime pas
Jamais
Homme
La femme qui te frappe ne t’aime pas
Jamais
Enfant l’être qui te frappe ne t’aide pas
Jamais
 
Frappe frappe frappe
Encore
Et lorsque tout s’arrête
Pour de bon tu souffles et espères
Mais il est trop tard
Tu le sais
Le mal est fait

​CH2 / Ponta do Sol
​19/07/2018

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Toute la beauté du Monde (2018)


Toute la beauté du monde

 
Où que porte le regard
La laideur resplendit
Sublime et silence
C’est à toi que je pense

 
Où que porte l’espoir
La laideur resplendit
Fulgurante dissonance
Que m’importe l’absence
 
Où que porte la vie
La laideur resplendit
Infini de la chance
La beauté du monde se cache sans répit

 CH2 / Ponta do Sol
19/07/2018


Regarde les hommes tomber (2018)


​Regarde les hommes tomber
 
Toujours en quête
Serein, ne vois-tu rien venir ?
 
Assis sur la pierre
Il regarde le temps
Au soleil qui brûle
La peau s’assombrit
 
A casser les cailloux
Il regarde le temps
A la lumière du jour
Il espère la nuit
 
A laver les carreaux
Elle regarde le temps
Sans espoir de retour
Elle désire de partir
 
A écrire des chiffres
Elle regarde le temps
Jour après jour
La vie s’affadit
 
Et toi
Ne vois-tu rien venir ?
Si tu ne comprends pas
Regarde les hommes tomber
Et alors peut-être tu souriras

CH2 / Ponta do Sol
​19/07/2018

Un je commun (2018)


Un je commun


Rien rien rien
Que le vide de toute vie
Toujours et encore
Tu espères pouvoir respirer
Alors qu’en fait
Tout s’effronde
Le sourire aux lèvres
 
Un passage dans l’oubli
A la mort à la vie
Un regard
Rien rien rien
Tu ne sembles rien
Tu ne ressembles à rien
Et pourtant tu respires
Aspires l’air
Expires l’air
Et tout s’efface
Comme si le temps
La vie
Ne t’accordait que l’espoir
 







Alors le cri surpuissant
Du tréfond du moi
Resplendit
Jaillissant des profondeurs de l’ombre
Vivre, vivre, vivre
Encore et encore
Malgré l’adversité, le rejet, la différence
Car tout réside là
La différence
 
Enfin s’enferment sur toi
Les ombres de la nuit
Le Jour arrive, renaît de ses cendres
Et avec lui l’espoir que tout ira mieux
Car le pire est passé, comment l’avenir
Pourrait-il t’oublier
Tu aimes
Tu l’aimes
Elle le sait
Elle t’aime
Ne manque que la défaillance sublime
D’une nuit d’été
Et alors la mort t’invitera dans son plus bel atour
Pour festoyer jusqu’au bout de la vie.

CH2 / Ponta do Sol
​19/07/2018

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Intimes illusions (2018)


Intimes Illusions

La vie
Quelle merde
Et pourtant
Impossible de résister
Toujours et encore
Aller de l’avant
Malgré la brutalité
Malgré la générosité
Malgré la fadeur
Malgré la splendeur
Oublier le réel et absorber le présent
D’un instant mourant devant l’éphémère
D’un espoir lointain d’un ami
Auquel on croit
Auquel on pense comme un bien agissant
Dans l’infini du néant
 
Alors apparaît le vide absolu
D’un Dieu surpuissant
Qui toujours repousse à demain
Ce qu’aujourd’hui lui impose
 
Mourir toujours un peu plus
Aimer toujours un peu plus
Et vivre petitement
Dans l’espoir que demain
Sera plus grand que maintenant






Faiblesse d’un esprit
Laideur d’une vie
Sans espoir que des lendemains qui chantent
D’un loto vainqueur
D’un amour retrouvé, renouvelé, espéré
 
Regarde devant toi
Et alors tu verras que rien ne t’attend
Ni demain ni aujourd’hui
Que l’enfer de la vie qui te fuit
Aussi
Si tu faisais attention simplement
Tu t’apercevrais
Que tout proche
Les gens t’aiment
Et que nul besoin tu as
D’aller, au loin, chercher l’amour pur
L’amour vrai
L’amour absolu
Qui seul dans les rêves existe
Que jamais tu ne trouveras
Car, imbécile, il est là
Ne le vois-tu pas ?
Là, juste devant toi !
 
 

CH2 / Ponta do Sol
02/06/2019

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99 variations façon Queneau (2018)

En septembre 2019, nous participions à un concours d'écriture proposé par les Éditions Vermicellanées. À partir d'un texte initial, il fallait proposer de variantes dans le style de l'ouvrage Exercices de style de Raymond Queneau. Nous en avons écrit  huit, mais un seul a été retenu. Au final ce sont 99 variantes proposées par 76 auteurs qui ont été éditées. Le livre est partiellement consultable sur Google Books. Notre texte figure page 18. N'hésitez pas à lire ces textes finalement pleins d'imagination même s'ils partent tous du même texte imposé.

LITOTES

Un homme d'affaires que rien ne pouvait retenir rencontra une dame dont la jeunesse n'était qu'un souvenir, sur le quai d'une gare à mille lieues de la capitale. Vêtue d'une tenue de soirée à fleurs bleues qui ne saurait seoir qu'au passage du marchand de sable, elle n'avait pas l'air d connaître le silence des morts tant elle semblait absorbée dans son échange avec un lampadaire à l'état tout sauf neuf. "Tout ne va-t-il pas mal? N'auriez-vous besoin d'aide?" N'écoutant que le vide, elle était toute à sa discussion. Aussi l'homme l'empoigna non sans vigueur, tant et si bien que les lunettes de la femme à la fraîcheur d'un autre temps s'en allèrent, tout sauf au ciel, rejoindre la terre ferme. La vieille dame, qui n'avait pas gardé sa sérénité pour le coup, n'ouvrit les yeux que par intermittence et se tourna vers l'homme d'affaire, lui disant: "Vous ne semblez pas mourir de chaud. Voulez-vous ma robe de chambre?"

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